LE CHEMIN DE BARBARAS
Le chemin de Barbaras était au XVIII ème S. un point "clé" de l'Enclave... Jugez plutôt!
( Préface de Roger Pasturel, conteur provençal de talent, extraite du livre de Léo Reyre, écrivain valréassien de talent aussi, "Les chemins de Barbaras" aux éd. Messages-1988).
« Lou camin de Barbaras, de
ques aco ? »
Jimagine les habitants du " bassin de Valréas " comme on dit de nos
jours, tant Drômois que Vauclusiens, sinterrogeant sur ce mystérieux vocable,
comme jai pu le faire moi-même au temps où ma curiosité mavait amené à
fureter dans les cahiers des délibérations de la ville de Valréas rendant compte des
préoccupations des Consuls vers le milieu du XVII ème s.
Le chemin de Barbaras était
cité quasiment à toutes les pages et donnait lieu à des discussions dune certaine
gravité
Il a fallu que le hasard me mette sous les yeux une carte des Etats de provence
sensiblement contemporaine, pour lever un coin du voile : Quelque part entre Bouchet
et Tulette, mentionné en caractères dégale importance, figure le
domaine de Barbaras, symbolisé par un clocher et une ou deux maisons aujourdhui
totalement effacés du paysage.
Voilà donc la raison dêtre de ce fameux chemin.
Des érudits locaux mont appris par la suite que le quartier des Barbes, au Nord-Ouest de Visan, en perpétuait sans doute le souvenir, prouvant par la même occasion que le temps a moins de prise sur les mots que sur les pierres.
A quoi cette draille raboteuse, ballotée
dun chêne vert à lautre, devait-elle le privilège de figurer si souvent au
menu du Conseil de Ville ?
Ici les termes vont nous devenir plus familiers : l Enclave,
nous connaissons.
LEnclave, terre papale, était à Avignon,
comme Avignon était à Rome. Tout autour, cétait en simplifiant, le Royaume de
France, "létranger".Et le chemin de Barbaras, habilement acheté par les
Pontificaux au Comte de Suze, était la seule voie utilisable par
les sujets de Sa Sainteté le Pape pour aller de leurs terres en Avignon, et
vice-versa au travers du territoire Français.
En France sévissait la gabelle, qui était au sel ce que la régie actuelle est au tabac
et aux allumettes.
Dans les Etats Pontificaux, le sel et bien
dautres denrées circulaient plus librement et à des prix que lon
qualifierait aujourdhui de très attractifs.
Résultats : Valréas, Grillon, Richerenches et Visan étaient un nid de
contrebandiers, le chemin de Barbaras était la route du
sel, et, dans chaque bosquet les gabelous du Roi de France se
tenaient tapis, prêts à bondir sur le premier âne pontifical
chargé de sel ou autres marchandises, qui attiré par quelque royal chardon, aurait été
pris en flagrant délit de violation du territoire français !...
Doù maintes échauffourées,
bastonnades, arquebusades, récriminations
et
délibérations du Conseil de Ville dont il est sage de penser quelles
navaient dautre but que de donner le change et de noyer le poisson sous des
flots dencre et de salive
Cela dura peu ou prou jusquà la Révolution française.
Ces "estrangers" sétaient mis dans la tête den remontrer à leur
Roi !
« Et voilà ty pas que notre capitale, Avignon, se prend à les imiter ?
Se détournant du Pape et demandant son rattachement à la Constitution
française ? »
Voilà que partout dans le Comtat on nous demande de nous prononcer pour la France ou pour
le Vatican !
Nos ancêtres Valréassiens, massivement,
ont voté pour le Pape
et le sel !
Mais les autres Comtadins, Avignonnais en tête, ont jeté le Comtat dans les bras de la
jeune République Française.
Il a fallu saligne - à contre-cur - , il faut bien le dire .
Bonjour cahiers de doléances, arbres de la liberté, banquets populaires, chouannerie et guillotine.
Adieu frontières, adieu gabelous, adieu Chemin de Barbaras